samedi 25 avril 2009

Les Enfants du Paradis

La danse fait son cinéma

Le danseur Etoile José Martinez adapte pour le Ballet de l’Opéra de Paris le film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné et Jacques Prévert. Avec 70 danseurs et 300 costumes, il a vu les choses en grand et signe une œuvre originale, poétique et émouvante.
Avant même de pénétrer dans la grande salle du Palais Garnier, le ton de la soirée est donné : dans le grand escalier de marbre, jongleurs et pierrots, tambour battant, invitent les spectateurs à entrer. C’est la première surprise de la soirée. A la manière du comédien du prologue qui réveille les souvenirs d’un ancien studio de cinéma, José Martinez plonge le Palais Garnier dans les vestiges d’un Paris révolu, le transformant en Boulevard du Crime des années 1830. Cette ville bouillonnante, comme elle l’était avant la modernisation d’Haussmann, est décrite dans le célèbre film de Marcel Carné et Jacques Prévert. Adapter un film en ballet n’est pas chose aisée, le cinéma et la danse possédant tous deux leurs propres codes. Pourtant le pari est réussi.
Il l’est tout d’abord grâce aux décors d’Ezio Toffolutti qui, avec façades, coulisses et tréteaux, montre le théâtre et son envers. Par respect pour le noir et blanc du film, la réalité est grise, tandis que les coulisses du théâtre sont hautes en couleurs. La première scène, boulevard du Temple, est effervescente et une foule bigarrée se presse devant le Théâtre des Funambules ; les personnages se détachent : la belle Garance dans sa robe rouge, le mime Baptiste en pierrot, l’acteur Frédérick Lemaître, le brigand Lacenaire en dandy. Des scènes de foule il y en a d’autres, comme celle du bal chez le comte de Montray. Elles permettent à José Martinez d’exprimer son talent tant pour les chorégraphies de groupe que pour les pas de deux. Si les décors ont trouvé leur maître italien, l’Etoile Agnès Letestu a trouvé une seconde vocation en créant les 300 costumes, tous plus beaux les uns que les autres.
La force du ballet vient aussi des scènes de théâtre qui y sont représentées, comme la pantomime de l’Amoureux de la lune au premier acte. José Martinez a d’ailleurs poussé l’astuce jusqu’à envahir le grand escalier du Palais Garnier à cet effet. C’est la deuxième surprise de la soirée. Juste avant de sortir de la salle pour l’entracte, les spectateurs sont conviés – par des tracts lancés du célèbre plafond de Chagall – à la grande première de Frédérick Lemaître dans Othello. Accompagnée d’un violon, Desdémone fait traîner sa robe de velours rouge sur le marbre beige, avant d’être tuée par Othello dans un pas-de-deux émouvant. A peine le temps pour les spectateurs de se remettre de leurs émotions dans le Foyer que déjà des funambules aux masques blancs battent le rappel. Et une fois revenus dans la salle, une dernière surprise les y attend, puisque se tient sur scène une répétition de Robert Macaire, dansé au tout début du deuxième acte. José Martinez a su avec brio et originalité utiliser tout l’espace du Palais Garnier, ce qui est rarement le cas.
Pour cette représentation du mercredi 5 novembre, Ludmila Pagliero, Sujet, dansait la belle Garance et Sébastien Bertaud, Coryphée, campait Lacenaire. Frédérick Lemaître était interprété par le jeune sujet Julien Meyzindi, particulièrement brillant. Quant à Mathieu Ganio, danseur Etoile de 24 ans, le rôle de Baptiste, amoureux et rêveur à souhait, lui va à merveille. Cet « enfant du Paradis » ne peut qu’émouvoir, tout comme ce ballet magnifique, qui prouve le talent de chorégraphe de José Martinez, plaçant la barre très haut pour ses prochaines créations.

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