samedi 25 avril 2009

Grand Corps Malade, magie démente des mots et d'une voix d'aimant


Un petit article pour rendre hommage à celui qui se joue des mots comme un mage (mais je n'aurai pas la prétention de le slamer)


Un samedi après-midi, avril 2005, je suis tombée amoureuse d’une voix. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai acheté le CD sur les conseils de la meilleure amie de ma mère, étonnée de voir que même mon père savait ce qu’était le « slam » alors que je n’en avais pas entendu parler. Sur la pochette de CD une drôle de silhouette, en jogging, appuyée sur une béquille. Aussitôt rentrée de la FNAC, les fenêtres grandes ouvertes aux airs de printemps, je suis fin prête pour déguster cet air d’un genre nouveau. Il a envahi l’appartement, par surprise. Je ne m’attendais pas à ce choc. Une voix si grave, si profonde ; des mots sensibles qui prennent à la gorge, des souvenirs émouvants contés, racontés, récités ; des énigmes verbales débitées, un marathon de mots imbriqués, entrelacés, il faut prêter l’oreille pour les démêler.


« J’écris à l’oral » : « Quelques instants après, j’ai déterré l’encrier en créant sans prier pour hurler sans crier. Sans accroc, sans vriller, dans la voix l’encre y est. Pour recevoir sans briller et donner sans trier »


Depuis 2005 et son premier album « Midi 20 », le phénomène Grand Corps Malade s’est enflammé, probablement dépassant ses propres espérances. 600 000 exemplaires vendus. Il a popularisé le slam, le sortant des cercles intimistes auxquels il était d’abord réservé. Il a libéré ces inconnus qui écrivent et taisent leurs maux en cachant leurs mots, il leur a rendu leur voix en leur montrant la voie. Ses spectacles font salle comble et l’ovation est devenue rituelle, c'est debout que l'on acclame ses ritournelles. Deux victoires de la musique et un second album, « Enfant de la Ville » plus tard, oui, Grand Corps Malade sait que « ça peut chémar ». Il s’en étonne encore : « bien sûr on y croyait, mais personne ne pensait qu’y aurait des textes de slam au bac de français […] Y’avait plein de gens qui m’écoutaient, j’ai vu des oreilles plein leurs yeux, un tas de cœurs bien intentionnés, y’avaient des jeunes et puis des vieux […] Ils m’ont offert un bout d’histoire où j’ai marché du côté chance ».


« Les voyages en train » : « Les histoires d’amour c’est comme les voyages en train, et quand je vois tous ces voyageurs parfois j’aimerais en être un ».


Lorsqu’il apparaît sur scène dans le noir et commence à chanter a capella, sa voix s’élève et fait frissonner ; la magie commence. Et elle opère pendant 2H30. Il alterne les textes a capella, les chansons douces (Les Voyages en train), tristes (J’ai pas les mots), engagées (Le blues de l’instituteur), rythmées ou encore les défis techniques comme Père et mère. Difficile de se détacher de sa grande silhouette, lui qui, en jean, baskets et tee-shirt « ça peut chémar » a des allures de grand gamin. Sa voix c’est sa présence, permanente, qui prend à la gorge quelle que soit la chanson. Elles donnent toujours envie de rire, pleurer ou danser. Poète, il se joue des mots et « avance au clair de [sa] plume », il les fait jongler avec tellement de facilité, en bon « chercheur de phases ». Merci pour ces textes qui gonflent le cœur et ces spectacles qui donnent la pêche !


« 4 saisons » : « On les témoins impuissants du temps qui trace, du temps qui veut que les enfants deviennent des grands et que les grands deviennent des vieux »

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